30 juillet 2026
Entretien

Préparer l'avenir de notre modèle social : le rôle clé de la prévoyance collective

Dans cet entretien, Marie-Anne Montchamp soutient l'idée que la prévoyance devienne, au même titre que la retraite et la santé, un nouvel horizon de notre système de protection sociale.

Nombreux sont les changements qui mettent sous tension notre modèle social historique. Parmi eux, l’enjeu crucial du vieillissement : en 2050, un tiers des Français auront plus de 65 ans. À un an de l’élection présidentielle, il est urgent que nous prenions pleinement en compte cette réalité, que nous anticipions ses impacts et que nous adaptions en conséquence notre modèle de protection sociale. Tel est le message de Marie-Anne Montchamp, directrice générale de l’OCIRP.

Dans ce débat, la prévoyance collective portée par les institutions paritaires a toute légitimité à apporter sa contribution. N’a-t-elle pas, en matière d’anticipation, de concertation et d’innovation sociale, une longueur d’avance ? Depuis 60 ans, l’OCIRP, acteur de prévoyance collective auprès des entreprises et branches professionnelles, assure les risques longs et complexes auxquels les salariés sont exposés, le tout en œuvrant à anticiper les phénomènes qui « fabriquent » des risques futurs.

« Le progrès social proviendra de la généralisation de la prévoyance. »

Marie-Anne Montchamp

Directrice générale de l’OCIRP, ancienne ministre et ex-présidente de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA)

PARMI TOUS LES CHANGEMENTS QUI IMPACTENT NOTRE MODÈLE SOCIAL, VOUS DISTINGUEZ LE VIEILLISSEMENT. POURQUOI ?

MARIE-ANNE MONTCHAMP : Si notre société évolue aujourd’hui selon des modalités largement imprévisibles, la transition démographique que nous
connaissons en France se différencie par son aspect prévisible et inéluctable.

Deux phénomènes viennent se conjuguer : le vieillissement de la  population, qui est lié à l’augmentation de l’espérance de vie, et la baisse de la natalité. Ils ont pour conséquence le resserrement de la population active.

Après-guerre, lorsque notre système de protection sociale a été créé, on comptait quatre à cinq fois plus d’actifs que de retraités. Ce rapport est aujourd’hui de 1,7.

Or, notre système de retraite est fondé sur le principe de répartition, les  actifs finançant les pensions des retraités. La situation actuelle entraîne
forcément des tensions sur le modèle, qui se traduisent par des  déséquilibres sur les comptes sociaux.

Ajoutons à cela les grandes transitions en cours, dans le domaine  économique (baisse de l’industrie, montée du secteur des services,  émergence de l’intelligence artificielle, etc.), géopolitique et sanitaire (avec les conséquences du Covid qui pèsent encore sur nos comptes  publics).

"Au regard de tous ces changements, il y a urgence à faire évoluer le modèle, en tout cas à l’adapter."

Marie-Anne Montchamp

CES ENJEUX SONT-ILS PRIS EN COMPTE PAR LES POUVOIRS PUBLICS ?

M.-A. M. : Les tensions qui pèsent sur nos équilibres économiques, démographiques et sociaux sont parfaitement diagnostiquées. Mais ces constats n’ont pas, à ce stade, conduit à une projection suffisamment long-termiste pour accompagner l’évolution de notre modèle de protection sociale.

Nos organisations politiques et administratives fonctionnent sur des mandats assez courts et sur un principe d’annualité pour le budget, la loi de finances et la loi de financement de la Sécurité sociale. Cela crée un effet de myopie dans l’exécution de la décision publique.

À un an de la prochaine élection présidentielle, la situation nécessite un réalisme, une réflexion en profondeur et un réel effort d’imagination. En un mot, un vrai projet politique. Il s’agit d’éviter que notre modèle ne se fragilise au point de ne plus être capable d’apporter les réponses que nos concitoyens attendent de lui.

1,4 cotisant par retraité d'ici 2070, contre 2,5 il y a 20 ans.¹

 

2,8 millions de personnes âgées dépendantes d'ici 2050, dont 1 million en perte d'autonomie sévère.²

1. Source : INSEE — Cotisants, retraités et rapport démographique tous régimes, chiffres 2025.
2. Source : INSEE et DREES (estimations).
3. Institut de recherche et de documentation en santé.

SELON VOUS, QUELLE AMBITION CE PROJET DOIT-IL PORTER ?

M.-A. M. : Nous sommes, en France, très attachés à un haut niveau de protection sociale.

Nous considérons (et de manière générale les Européens) que la croissance doit se conjuguer avec une ambition de progrès social et de prospérité. Il n’est pas question ici d’enrichissement, mais des conditions
dans lesquelles la croissance profite à nos concitoyens pour assurer des équilibres sociaux suffisamment robustes.

Or, je pense que le progrès social et la prospérité proviendront notamment de la généralisation de la prévoyance dans notre système de protection sociale.

Aujourd’hui, tous les salariés cadres sont équipés en prévoyance. Les non-cadres ne le sont pas systématiquement. Mais surtout, le niveau de garantie qu’apporte notre système de prévoyance n’est pas suffisant. Prenons l’exemple de l’invalidité. Dans une récente intervention pour l’OCIRP, soulignait que les dépenses d’invalidité en France par personne
indemnisée sont, en parité de pouvoir d’achat, équivalentes à ce qu’elles sont en Roumanie.

POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR CE CHANGEMENT QUE VOUS APPELEZ DE VOS VŒUX ?

M.-A. M. : Partons du constat suivant. En matière de retraite et d’assurance maladie, la Sécurité sociale apporte des réponses que viennent compléter respectivement l’Agirc-Arrco et les assureurs santé complémentaires dans leur diversité (les institutions de prévoyance qui composent notre Union OCIRP, les mutuelles et les assureurs capitalistiques).

Le champ de la santé est fortement administré par l’État. En revanche, sur la prévoyance, tout est à faire. Alors qu’une cinquième branche de la Sécurité sociale a été créée en 2020 sous le pilotage de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), nous accompagnons les partenaires sociaux pour « designer » cette protection sociale complémentaire dans le champ de la prévoyance, afin de compléter l’action publique.

Cette répartition des rôles ne devra pas seulement se faire sur le critère habituel « j’ai assez payé, maintenant c’est toi qui paies », mais aussi sur un critère d’expertise qui prendrait en compte au delà de ce que la Sécurité sociale sait faire, ce que nous, à l’OCIRP, savons très bien faire.

13,8 millions de personnes, soit 20 % de la population, sont en affection longue durée (ALD).¹

QUEL EST, JUSTEMENT, CE SAVOIR-FAIRE DE L’OCIRP ?

M.-A. M. : En tant qu’assureur des branches professionnelles, nous connaissons en profondeur les secteurs d’activité, les métiers, les fragilités. Nous sommes capables, pour ces différentes branches, de décliner une prévoyance sur mesure.

Nous sommes une petite structure et nous n’avons pas la prétention d’être
l’alpha et l’oméga de la protection sociale. Pour autant, nous jouons un rôle clé dans cet écosystème.

En tant qu’expert historique de la prévoyance, nous affirmons haut et fort son importance. Il est essentiel, comme nous le faisons depuis des décennies, d’observer et d’anticiper ces phénomènes sociétaux qui peuvent fabriquer des « coups du sort ». À l’origine, il s’agissait surtout du décès, qui entraînait le veuvage et l’orphelinage. Mais depuis une vingtaine d’années, à l’OCIRP, nous avons vu émerger, et mis en évidence d’autres phénomènes tels que l’aidance qui touche un actif sur cinq, la dépendance liée à l’âge ou encore les maladies de longue durée².

Si l’on prend ce dernier exemple, certains peuvent objecter que ces maladies sont prises en charge par l’Assurance maladie. Certes, l’hospitalisation, les soins et les traitements sont pris en charge. Mais les conséquences de la maladie sur sa vie de tous les jours exposent à une forme de déclassement souvent invisible qu’il appartient de prévenir, de repérer et de réparer. C’est tout l’objet de la prévoyance telle qu’elle est mise en œuvre par l’OCIRP.

LA PRÉVOYANCE, DITES-VOUS, C’EST AUSSI ÊTRE AU RENDEZ-VOUS DU TEMPS LONG…

M.-A. M. : Exactement. Nous apportons aux salariés et à leur famille une protection durable face au veuvage, à l’orphelinage, au handicap, à la perte d’autonomie et aux maladies de longue durée.

Lorsqu’un tel drame se produit, ses conséquences peuvent durer cinq ans, dix ans, vingt ans, voire jusqu’à la fin de la vie. Cela signifie que nous devons être au rendez-vous de ces échéances sur le temps long. C’est ce qui nous conduit à développer notre capacité de production financière qui renforce la pertinence de nos rentes.

Ce métier très particulier, essentiel à notre modèle social, mérite d’être davantage connu.

1. Source : Ameli, chiffres 2022.
2. La garantie maladies redoutées de l’OCIRP porte sur les affections de longue durée suivantes : cancers, infarctus du myocarde, pontage coronarien, insuffisance rénale terminale, greffe d’organe majeure, sclérose en plaques.

Retrouvez nos dossiers et décryptages dans Impulsions, Magazine de l'OCIRP pour un Haut degré de protection sociale

Impulsions N°2, le rôle clé de la prévoyance collective pour l'avenir de notre modèle social

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