Conjugalité : pourquoi le deuil est devenu un enjeu majeur de protection sociale ?
À l'occasion d'un entretien accordé à Sophie Amsili, journaliste aux Échos, Marie-Anne Montchamp, directrice générale de l'OCIRP, revient sur les enseignements de l'étude menée avec Elabe sur la conjugalité contemporaine.
Un travail inédit qui révèle combien l'évolution des couples transforme les besoins de protection sociale et invite à mieux anticiper les conséquences d'un accident de la vie.
La conjugalité face au deuil : un enjeu majeur de protection sociale
Comment protéger les couples face aux accidents de la vie dans une société où les parcours de vie, les modèles familiaux et les équilibres économiques évoluent profondément ?
C'est la question qui a conduit l'OCIRP, en partenariat avec Elabe, à réaliser une étude inédite sur la conjugalité contemporaine. Présentée dans le cadre d'un entretien accordé aux Échos, cette enquête met en lumière un constat : derrière les transformations du couple se dessinent de nouveaux défis pour la protection sociale.
Le couple a changé… la protection sociale aussi
Pendant longtemps, la conjugalité reposait sur un modèle économique relativement simple. Aujourd'hui, les couples s'organisent différemment. Chacun dispose de ses revenus, de son autonomie financière et participe à un projet commun.
Cette évolution, mise en lumière par l'étude réalisée par l'OCIRP avec Elabe, change profondément la manière dont un accident de la vie est vécu.
Lorsqu'un conjoint disparaît, ce n'est pas seulement une personne qui manque. C'est aussi une partie des ressources du foyer qui disparaît, alors que les charges demeurent.
Le deuil, un risque social encore trop peu considéré
Pour Marie-Anne Montchamp, le deuil ne relève pas uniquement de la sphère intime.
Il constitue également un risque social susceptible d'entraîner un déclassement économique, une perte d'autonomie et, dans certains cas, une véritable rupture de parcours de vie.
« Aujourd'hui, personne ne parle réellement de la conjugalité comme objet de protection sociale. De la même manière, le deuil reste largement absent des politiques publiques alors qu'il est appelé à concerner davantage de personnes dans une société où l'espérance de vie progresse. »
Cette réflexion prend une résonance particulière face au vieillissement de la population. Le deuil d'un conjoint peut accélérer la perte d'autonomie des personnes âgées, tandis qu'un veuvage précoce fragilise durablement les équilibres familiaux et financiers.
Préserver l'autonomie autant que la solidarité
L'un des principaux enseignements de l'étude est que la protection sociale ne répond plus seulement à un impératif de solidarité.
Elle devient également un levier de préservation de l'autonomie.
Lorsqu'une rente est versée au conjoint survivant, son objectif ne consiste pas uniquement à compenser une perte de revenus. Elle permet aussi d'éviter une perte de chance sociale, de préserver la capacité à faire face aux dépenses du quotidien et de maintenir les choix de vie construits à deux.
Cette évolution conduit à renouveler la manière d'aborder la prévoyance.
Elle ne protège pas uniquement contre un risque financier ; elle accompagne les personnes dans la continuité de leur parcours de vie.
Une meilleure connaissance des garanties reste nécessaire
L'étude met également en évidence un paradoxe.
Les Français jugent les garanties de prévoyance utiles lorsqu'elles leur sont expliquées, mais ils connaissent encore très mal les dispositifs dont ils bénéficient, notamment dans le cadre de leur entreprise.
Cette méconnaissance constitue un enjeu majeur.
Parce que les accidents de la vie restent, par nature, difficiles à anticiper, comprendre les protections existantes est une première étape pour sécuriser son avenir et celui de ses proches.
Faire émerger les sujets de société
Depuis plusieurs années, l'OCIRP développe des travaux de recherche sur les grandes mutations sociales qui interrogent les mécanismes de solidarité : aidance, perte d'autonomie, handicap, deuil ou encore évolution des formes familiales.
L'étude consacrée à la conjugalité s'inscrit dans cette démarche.
Son ambition dépasse la photographie des pratiques des couples. Elle vise à nourrir le débat public, à éclairer les partenaires sociaux et à contribuer à l'évolution de la protection sociale face aux réalités contemporaines.
Car protéger contre les accidents de la vie, c'est aussi comprendre comment la société évolue.
C'est tout le sens de l'engagement de l'OCIRP.
A lire : Dirigeant d'entreprise, mère célibataire… qui a intérêt à souscrire une assurance prévoyance ?, Par Sophie Amsili, Les Echos, publié le 30 juin 2026, contenu réservé aux abonnés.