"Après l’orage". Comment parler des attentats avec les enfants ?

La Fondation d'entreprise OCIRP a rencontré Hélène Romano à propos de son livre "Après l'orage",  illustré par Adolie Day et publié aux Éditions Courtes et Longues. 

Interview "Après l'orage"

"Après l’orage". Comment parler des attentats avec les enfants ?

Transcription textuelle "Après l’orage". Comment parler des attentats avec les enfants ?  »

Logo de la Fondation d'entreprise OCIRP sur fond blanc

Entretien avec Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme, membre du conseil scientifique de la Fondation d'entreprise OCIRP, dédiée aux orphelins en France.

Après les attentats de Paris, j'ai été très sollicitée, je suis intervenue pour des enfants pour des familles, des professionnels dans les écoles, très sollicités parce qu'il n'y avait pas de support pour en parler. Il y a des supports pour parler de la mort, mais pas des attentats c'est particulier.

Et donc j'ai eu l'idée de proposer cet ouvrage-là que j'ai appelé « Après l'orage » !

Alors, la métaphore l'orage elle est tout à fait symbolique parce qu'elle est souvent utilisée par les enfants quand ils vivent quelque chose de violent comme la mort ils disent "c'est comme un éclair qui vient" comme un orage dans leur vie donc l'orage, c'est un terme d'enfants et j'ai choisi une illustratrice que j'ai rencontrée qui s'appelle Adolie Day qui elle-même était impliquée dans les attentats en tant que victime, que j'ai rencontrée lors d'une émission « Les Maternelles » on essayait de parler avec des mots simples de cet événement très violent.

Donc c'est un ouvrage qui se veut un support résilient mais vraiment résilient au sens de l'utiliser pour donner du sens. C'est un ouvrage autant pour les parents que pour les enfants pour faire du lien. À lire avec les parents avec les enfants. Au début, on l'avait conçu plus pour les plus jeunes le primaire, en fait les ados l'utilisent.

Je suis partie véritablement des mots des enfants, des expressions des enfants et du ressenti des parents. En particulier, il y a toute une partie ou l'enfant explique que l'entourage change il ne comprend pas, pourquoi maman ne rigole plus pourquoi papa ne va pas au travail, maman non plus, pourquoi la vie il ne comprend pas et pareil les ressentis des parents avec cette idée que l'enfant s'en moque rigole, continue de vivre, comme si de rien n'était et cette espèce de rupture de lien, de compréhension de l'un à l'autre, fait qu'un à moment donné il y a beaucoup de souffrance de part et d'autre, parce que l'enfant se sent très très seul le parent est très très seul et chacun ne sait plus ce qu'il faut faire.

Et donc l'idée de cet ouvrage, c'est de donner des repères, après les parents se l'approprie, ils font comme ils le veulent sur des mots qui peuvent être aidants pour les enfants parce que c'est des mots d'enfants donc je suis partie de ces mots-là, j'ai demandé à l'illustratrice, Adolie, de bien représenter ce qui me paraissait important pour parler d'un sujet grave sans plomber non plus avec des images atroces il n'y a pas besoin d'images atroces et j'ai vraiment choisi au niveau des couleurs quelque chose de simple, il y a du bleu, du jaune, bon du noir et du blanc le bleu c'est le froid, la mort, la nuit, la peur et le jaune c'est la vie, la lumière et la vie qui continue, donc on a essayé de jouer là-dessus pour montrer que un attentat, la mort qui s'impose, c'est un temps dans la vie mais il y a une vie possible après si on à se parler.

Donc c'est l'idée de pouvoir se parler certaines fois les parents nous disent mais comment j'en parle ? Comment je peux parler ?

Souvent, il vaut mieux écouter son enfant, l'aider à parler qu'est-ce que toi tu as compris ? Qu'est-ce que doudou a compris ? Qu'est-ce que t'as vu, les images, etc. et les parents peuvent parler d'eux.

Ce que je voudrais dire, c'est que c’est important de parler de soi et s'il y a un mot à retenir, c'est l'objet de ce livre-là, c'est que les enfants, face au traumatisme, face aux attentats, mais pas que, ils ont besoin d'une chose : c'est de savoir qu'ils ne seront jamais seuls. Ça parait évident, mais un papa, une maman, qui est stressé, qui est angoissé il n'a plus confiance en lui et des choses très fondamentales de ce que moi j'appelle la câlinothérapie prendre son enfant dans ses bras en lui disant je suis là et si un jour je ne suis pas là, il y aura quelqu'un pour toi, tu seras jamais seul je ne t'abandonnerai jamais ça suffit largement.

Mais face à l'horreur des fois on n'ose pas, on n'y pense pas. C'est aussi rappeler des fondamentaux donc il y a toute une partie à la fin que j'ai voulu aussi assez didactique pour permettre aux parents, pour mieux comprendre, alors c'est vraiment une petite fiche technique on va dire avec des formulations qui sont proposées pour le parent pour les aider à savoir comment réagir à des réactions de leur enfant comment faire quand ils sont un peu perdus face à des propos ou des attitudes de l'enfant comment aborder avec lui le sujet est-ce que je dois est-ce que je ne dois pas, il y a des indices que l'enfant donne qui nous permettent de savoir si on doit ou si on ne doit pas si on peut on ne peut pas.

Donc voilà c'est un guide qui répond vraiment à cette demande-là, qui part vraiment de ce que les enfants ont pu nous dire, je prendrai un terme d'un petit bout de chou à qui j’expliquais ce que c'était que les terroristes donc, qui donnent la mort, qui veulent tuer les gens, qui veulent donner la mort parce que les gens ne pensent pas comme eux et qui entraînent beaucoup de tristesse et ce petit bout de chou m'a dit : « Ha ! Ce sont des terrotristes » et ce terme là je trouve est remarquable. Ça nous montre la capacité de l'enfant à synthétiser les infos qu'on lui donne et la réalité. Il ne s'agit pas de lui dire, ha non je t'ai dit terroristes « terrotristes » il a l'information de l'adulte, sa représentation à lui, il en fait son histoire et c'est ça qui est important.

Plan de fin sur le logo de la Fondation d'entreprise OCIRP

Un livre pour petits et grands

"Pour les enfants, les attentats ont été vécus avec d’autant plus de violence que toute leur vie quotidienne s’est trouvée bouleversée. Non seulement leur quotidien a été bouleversé mais surtout leurs parents et les adultes censés prendre soin d’eux (nourrices, éducateurs, enseignants), ont subitement profondément changé.

Contrairement à ce qui est trop souvent pensé, les enfants (surtout les plus jeunes) ne sont pas épargnés par les effets des événements traumatiques et les études de suivi nous permettent de savoir combien il est essentiel de leur parler et de mettre des mots sur ce qu’ils vivent. Autrement ils se construisent avec ce ressenti de frayeur et la crainte d’être seuls au monde.

Mais comment leur parler du chaos ? Comment leur expliquer que la mort est venue s’imposer brutalement un vendredi soir dans des lieux de vie ? Comment leur dire que des hommes peuvent tuer d’autres hommes au nom d’une idéologie ? Comment les rassurer et leur permettre de retrouver confiance en l’adulte et en l’avenir ?

Cet album répond à une demande directement formulée par des parents et des professionnels ne sachant pas comment aborder ce sujet avec leurs enfants ; aucun ouvrage consacré spécifiquement aux attentats n’existant. Il s’est construit à partir de mots d’enfants exposés aux événements traumatiques de novembre 2015, pour permettre de traduire de ce que les enfants ressentent et non de ce que les adultes imaginent de leur vécu.

L’objectif de ce livre à visée pédagogique et dimension résiliente, est de servir de médiateur entre l’enfant et son parent (ou tout adulte en lien avec un enfant). Il est un objet transitionnel, c’est-à-dire ce support entre des faits incompréhensibles et leur mise en sens. Il est surtout un objet de vie où grâce à la délicatesse des illustrations d’Adolie Day, les ressentis les plus violents peuvent s’exprimer et où l’enfant peut, avec ses proches, reconstruire un sentiment de sécurité et de protection."
Source : site web d'Hélène Romano

Des conseils essentiels pour mieux communiquer

Par Hélène Romano.*

Être parent est une aventure de chaque instant. Il y des moments merveilleux et d'autres difficiles, voire éprouvants. La confrontation à un événement traumatique fait partie des situations critiques que peut vivre une famille : l'enfant seul ou les parents, ou tout le cercle familial.

Aujourd'hui, grâce aux études de suivi, nous savons que les enfants sont touchés à tout âge par un événement traumatique, qu'ils soient impliqués directement ou non, car ils sont très sensibles aux changements d'attitude de leurs proches.

Et, plus ils sont petits, moins ils ont les ressources nécessaires pour comprendre ce qui se passe et plus ils sont marqués par les bouleversements dans leur entourage. À tous les âges, les enfants auront tendance à prendre sur eux et à ne pas se plaindre pour ne pas inquiéter leurs proches.

Pour bien grandir, les enfants ont besoin de se sentir aimés, rassurés, protégés. Si nous sommes inquiétés, stressés, peinés, nous ne sommes plus aussi disponibles ni aussi patients avec eux.

C'est ce que décrit l'histoire Après l'orage, à travers le ressenti du personnage principal qui se trouve complètement perdu face aux bouleversements de son quotidien et aux réactions de ses prochesqu'il ne comprend pas. Si rien n'est expliqué aux enfants, ils construisent des théories pour décrypter les événements et leur donner un sens. Très souvent, ils se convainquent d'être coupables de ce qui arrive.

Nous avons tous des histoires et des sensibilités distinctes qui font que nos réactions sont inévitablement différentes. Nous ne sommes pas forcément tous submergés par nos émotions. Mais quand c'est le cas, il est important de penser aux plus jeunes.

En fait, ce n'est pas tant de voir ses parents si différents qui perturbe l'enfant que le fait de ne pas savoir pourquoi ils le sont. Il n'est pas rare que les parents ne disent rien à leur enfant, pensant les protéger. Leur parler avec des mots simples les aide à comprendre qu'ils ne sont pas responsables du chaos ambiant.

Par exemple : "Tu sais si je suis triste/énervé/fatigué, c'est parce que..." Exprimer vos émotions l'autorisera lui aussi à se libérer de ce qu'il peut ressentir. 

Un enfant réagit souvent avec des maux pour exprimer son mal-être et les premiers jours qui suivent un événement traumatique, il est fréquent qu'il régresse et qu'il présente différents troubles : accident d'énurésie, comportement de tout-petit, peurs inhabituelles, refus de rester seul, rituels de couchage interminables et troubles du sommeil, troubles du langage, irritabilité, retrait de la vie familiale ou opposition et colères, refus de jouer ou jeux qui remettent en scène l'événement.

Les premiers jours, tous ces signes ne sont pas, en soi, pathologiques mais expriment une réaction de défense face aux bouleversements qui s'imposent à eux. S'ils persistent au-delà d'un mois ou s'ils apparaissent bien longtemps après l'événement, il faut solliciter le relais de professionnels.

Et s'il me pose des questions embarrassantes ?

Quand votre enfant vous pose une question, il a déjà en tête une réponse et cherche surtout à savoir si la théorie qu'il a élaborée pour donner du sens à ce qu'il vit est adaptée ou non. Avant de lui répondre, le plus simple est de lui demander ce qu'il en pense, lui, afin de répondre au plus juste.

Par exemple : "Ta question est importante, mais pour bien te répondre, est-ce que tu pourrais me dire ce que, toi, tu en penses ? Ce que tu as compris ? Ce que les copains disent à l'école ? Ou, pour les plus petits, ce que pense Doudou ?" Votre enfant vous donnera son explication et vous pourrez alors lui répondre au mieux.

Si donner la réponse est trop difficile ou si vous ne savez pas quoi répondre, vous pouvez dire à votre enfant : "Ta question est importante. Aujourd'hui je n'ai pas la réponse mais je vais réfléchir et dès que je saurai, je te dirai..."
Ou alors : "Ta question est très importante, mais c'est difficile pour moi de tout t'expliquer aujourd'hui; alors je te propose d'y réfléchir et quand je saurai mieux comment te dire, nous pourrons en parler".

Votre enfant a surtout besoin d'être rassuré sur le fait qu'il peut compter sur vous.

Comment le rassurer ?

Votre enfant a besoin de savoir que vous l'aimez, que vous serez toujours là pour lui et qu'il ne sera jamais seul au monde. Cela paraît évident, mais nous oublions de dire ces choses toutes simples aux enfants. Vous pouvez réfléchir avec votre enfant à ce qui l'apaise habituellement quand il est inquiet pour qu'il puisse utiliser ses ressources pour se rassurer.

Qui solliciter ?

Les médecins généralistes, pédiatres, professionnels des services de PMI (Protection Maternelle Infantile), médecins et infirmiers scolaires sont des personnes-ressources essentielles qu'il ne faut pas hésiter à solliciter. Ils sauront vous conseiller et vous proposer si nécessaire un suivi plus spécifique avec un psychologue ou un pédopsychiatre.

*Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Publié le 12 octobre 2016
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