Agir pour les orphelins

Les enseignants face à la réussite scolaire des orphelins et au deuil des élèves à l’heure de la COVID

Dans la continuité de son enquête conduite en 2017 « École et orphelins : mieux comprendre pour mieux accompagner » qui a permis de révéler l’impact de l’orphelinage sur la réussite scolaire des élèves, la Fondation OCIRP a souhaité, en partenariat avec l’IFOP, interroger les enseignants français du premier et du second degré sur la façon dont ils appréhendent l’accompagnement et le suivi des élèves orphelins ou en situation de deuil dans le contexte de la rentrée de septembre 2020.

Les résultats que nous livre cette nouvelle enquête apportent des données précieuses quant aux préoccupations des enseignants face à l’accompagnement des élèves en situation de deuil. Ils sont nombreux à formuler la volonté d’être mieux formés, mieux accompagnés et sont en attente de ressources afin de répondre à ces enjeux.

L’importance d’un accompagnement renforcé des élèves orphelins dans le contexte de la rentrée de septembre

En cette rentrée scolaire si particulière, les enseignants sont 65% à craindre une baisse de niveau des élèves et 61% à redouter que les élèves ne reprennent pas leur rythme de travail habituel. Cette inquiétude est d’autant plus forte à l’égard des élèves évoluant dans des configurations familiales particulières,  notamment les enfants orphelins.

Dans un contexte où la contribution des parents a été nécessaire pour assurer le suivi et maintenir le niveau scolaire, ces enfants, n’ayant qu’un seul ou plus de parent, ont de fait été pénalisés.

Ces craintes résultant de la mise en place de l’enseignement à distance s’ajoutent aux difficultés traversées par les élèves orphelins de manière générale dans le contexte scolaire. Parmi les élèves orphelins interrogés, 77% indiquent que la perte d’un ou de leurs deux parents a eu un impact négatif sur leur scolarité. Parmi ceux-ci on observe notamment des difficultés cognitives : 38% d’entre eux estiment avoir eu des difficultés de concentration et 34% évoquent des difficultés pour apprendre de nouvelles leçons et faire leurs devoirs. Des difficultés qui se répercutent sur l’orientation chez 46% des répondants de 15 ans et plus qui estiment que le décès a eu un impact sur leur choix de poursuite d’études, ou encore sur le choix de leur carrière professionnelle pour 43% des 18 ans et plus. Cette réalité se retrouve par ailleurs à l’étude des parcours de ces enfants orphelins devenus adultes : 28% des adultes ayant perdu un parent pendant l’enfance ne sont titulaires d’aucun diplôme, contre 17% de l’ensemble des adultes et 7% détiennent un diplôme BAC+2 contre 12% de l’ensemble des adultes.

  • 77% des élèves orphelins indiquent au moins un impact négatif sur leur scolarité
  • 38% des élèves orphelins estiment avoir eu des difficultés de concentration

Une inquiétude généralisée des enseignants quant à leur capacité à accompagner les élèves orphelins

Des enseignants sensibles et attentifs à la situation des élèves orphelins...

De manière générale, le corps enseignant se sent concerné par la question de l’orphelinage. Parmi les répondants, 93% déclarent être sensibles et attentifs à la situation des élèves orphelins. Preuve en est, lorsqu’ils se trouvent en situation de devoir accompagner un élève vivant une telle situation, l’empathie l’emporte sur les appréhensions. En effet, pour 69% des enseignants, le mot « empathie » est celui qui reflète le plus leur état d’esprit, devant les notions de dévouement (12%) et d’appréhension (8%).

De la même manière, tous les enseignants interrogés s’accordent à dire que les élèves orphelins doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part du corps enseignant (96%). Pour près de neuf sur dix d’entre eux, cette vigilance doit être particulièrement accrue dans le contexte sanitaire actuel (87%), en particulier car ils perçoivent à 84% l’expérience du décès d’un proche des suites de la COVID comme un cas de deuil singulier qui nécessite un accompagnement spécifique.

... Mais pour la plupart démunis face à ces enjeux

Si les enseignants s’accordent sur la vigilance particulière dont les orphelins doivent faire l’objet dans le cadre scolaire, de nombreuses inquiétudes persistent. Parmi les répondants, 42 % déclarent redouter ces situations et évoquent notamment comme raison leur méconnaissance du sujet (59% estiment avoir manqué d’information pour gérer la situation) ou encore leur ressenti personnel (25% des enseignants craignent de se sentir débordés par leur propre émotion ou leur vécu personnel). Ainsi, à peine plus de la moitié des enseignants déclare se sentir apte à accompagner de potentielles situations d’orphelinage ou de deuil des élèves de leur établissement (53%, et seuls 6% se déclarent « tout à fait apte » contre 47% « inapte »).

Les enseignants de moins de 35 ans sont les plus nombreux à redouter une situation de deuil parmi leurs élèves (46 % se sentent aptes contre 57% des 50-64 ans). Un sentiment assurément nourri par le manque perçu de soutien et de ressources pour les aider à faire face à ces situations (72% estiment le soutien insuffisant), comme en atteste l’infime part d’enseignants qui ont été formés pour affronter ces cas particuliers (seulement 14% en formation initiale et 9% en formation spécifique.

Des attentes fortes de la part des enseignants pour améliorer la prise en charge des élèves orphelins et plus généralement des élèves en situation de deuil

Une demande de soutien, de formation et de mise à disposition de ressources émanant du corps enseignant

L’enquête a permis de révéler que les enseignants formulent une véritable volonté d’accompagnement afin de faire face à ces enjeux. Différents modes de soutien et typologies de ressources sont plébiscités par les enseignants.

En premier lieu, ils sont une large majorité à considérer que la question du décès d’un parent devrait être abordée au cours de leur formation initiale (88%) à l’instar des spécificités du deuil chez les enfants et les adolescents (87%).

Ils sont également nombreux à être en faveur de la mise en place d’actions de formation et de sensibilisation ponctuelles (86%, +6 points par rapport à 2017) ainsi que d’une boîte à outils afin de les aider à accompagner les orphelins (86%). Près de neuf enseignants sur dix seraient par ailleurs intéressés par la diffusion d’un guide pratique donnant des conseils, des recommandations pour appréhender une situation d’orphelinage en classe ou à l’école, en fonction de l’âge de l’enfant (89%, +4 points).

Les enseignants de moins de 35 ans, plus nombreux à redouter une situation de deuil parmi leurs élèves, sont beaucoup plus en attente de ces ressources, à la fois par le biais de la formation initiale (43% sont convaincus que le sujet devrait y être abordé contre 30% des plus de 35 ans) et par la mise en place d’actions ponctuelles (39% contre 23%). Ils sont également plus enthousiastes que leurs aînés à l’égard du Guide pratique (46% sont « très intéressés » contre 30% pour les plus de 35 ans).

Pour les aider à prendre en compte le deuil des élèves, les enseignants comptent avant tout sur les personnels de santé scolaire (54%) et l’équipe pédagogique (51%). Viennent ensuite leurs collègues (29%) et la direction de l’établissement (25%).

Assez logiquement, les acteurs jugés référents varient en fonction du niveau enseigné : les enseignants du second degré attendent surtout du soutien de la part des personnels de santé scolaire pour accompagner les jeunes orphelins (62% au total contre 43% pour leurs collègues du premier degré), quand les instituteurs en maternelle et primaire en appellent d’abord à l’équipe pédagogique (58% contre 46% dans le second degré) et à leurs collègues (40% contre 21%).

Un gain de confiance parmi les enseignants ayant bénéficié de mesures concrètes s'agissant des situations d'orphelinage

Dans le champ de l’accompagnement des élèves orphelins dans le cadre scolaire, aptitude et soutien perçus sont intimement corrélés : 88% des enseignants interrogés qui pensent avoir assez de soutien et de ressources pour les aider à mieux prendre en compte la situation de ces élèves se considèrent aptes, contre 41% de ceux pour qui le soutien est insuffisant. De la même manière, en comparaison à l’étude Ifop/ Fondation OCIRP conduite en 2017, on observe que les enseignants ayant bénéficié d’une formation témoignent d’une plus grande confiance en eux s’agissant de la gestion des situations d’orphelinage de leurs élèves : 77% des sondés déclarent se sentir« apte à prendre en compte » une telle situation (soit 7 points de plus qu’en 2017) et la part de ceux qui la redoutent a significativement baissé (42% contre 54% en 2017). Conséquence d’une meilleure prise en compte du sujet par les établissements et les organismes de formation ? Cette hypothèse doit être soulevée à partir du moment où 35% des enseignants rapportent que l’orphelinage a fait l’objet d’actions concrètes au sein de leur établissement (+7 points vs 2017) et que les formations, bien que peu visibles, semblent d’avantage suivies (+8 points sur la formation initiale et + 5 points pour la formation spécifique).

(L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 738 enseignants, représentatif de la population enseignante en France. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, niveau d’enseignement et statut de l’établissement d’exercice) après stratification par académie. Les interviews ont été réalisées par internet du 24 juin au 20 juillet 2020.)

La Fondation OCIRP met à disposition un ensemble de ressources  : un guide pratique, un film et un site ecole-orphelin.fr

Publié le 23 septembre 2020

Baptême en mer pour des jeunes orphelins sur le voilier de course Gustave Roussy, le reportage vidéo : Dans le cadre de son appel à projets « Agir pour les orphelins », la Fondation d’entreprise OCIRP souhaite faciliter l’accès aux vacances et aux loisirs.

Baptême en mer pour des jeunes orphelins sur le voilier de course Gustave Roussy

Dans le cadre de son appel à projets « Agir pour les orphelins », la Fondation d’entreprise OCIRP souhaite faciliter l’accès aux vacances et aux loisirs.

Le projet de l’Association Atlantic Course au Large a été soutenu pour offrir une journée de sortie en mer sur le bateau de course Gustave Roussy à des enfants orphelins âgés de 12 à 18 ans, mercredi 28 octobre dernier, à Lorient.

3 questions à… Sylvie Pinquier Bahda, directrice générale déléguée à l'engagement social de l’OCIRP.

Invisibles, méconnus, oubliés... les enfants et jeunes orphelins, en France, demeurent dans l’ombre encore de nos jours. Un constat qui freine significativement l’émergence et le déploiement de dispositifs de soutien dont ils auraient pourtant grand besoin.

Les orphelins sont non seulement absents des études démographiques et des politiques publiques mais aussi des medias. La Fondation OCIRP développe d'importants efforts pour qu'émerge enfin cette question sociétale.

Vidéo réalisée à l'occasion des 10 ans de la Fondation OCIRP et diffusée au Théâtre de la Cité internationale le 24/09/19.